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A Zurich, le «Ring» de Wagner résiste encore au virus de Robert Wilson
Tristan Cerf, Zurich
Mardi 10 octobre 2000


Dimanche à l'Opernhaus de Zurich, Robert Wilson inaugurait son premier Ring des Nibelungen. Très attendue, sa mise en scène a déchaîné les foules. Si bien que, lors du salut, le public de la première, réputé conservateur, s'est scindé en deux clans. Deux heures trente d'une série de tableaux minimalistes et tranchants ont permis en effet d'affûter les passions. Les «pour» s'égosillent donc à coup de bravos, tandis que les «contre» huent copieusement le metteur en scène. Tous semblent s'accorder par contre pour saluer le travail du chef, Franz Welser-Möst, et des chanteurs.
Avec L'Or du Rhin, première partie d'une série de quatre drames lyriques composés par Richard Wagner, Zurich plonge une nouvelle fois dans la Tétralogie, neuf ans après la dernière. L'aventure, commencée ce week-end, se terminera en 2002, à raison de deux parties par saison: L'Or du Rhin cet automne, La Walkyrie dés mai 2001, Siegfried et Le Crépuscule des dieux enfin, lors de la prochaine saison.
Robert Wilson n'en est pas à son premier Wagner à l'Opernhaus de Zurich. En 1991, il y monte Lohengrin. Plus récemment, le Texan y met en scène ådipus Rex de Stravinsky et Le Château de Barbe-Bleue de Bartok. Le public zurichois sait donc à quoi s'attendre: pas de relecture imagée des mythes germaniques ni de petits nains blonds qui gambadent dans une forêt carton-pâte, mais cette association aux frontières de l'abstrait, de lumière et de mouvement, propre aux mises en scène d'opéra de Robert Wilson.
Appliqué au Ring, le module du metteur en scène n'a pas plu à tous. Il était pourtant échafaudé selon les règles. Les scénographies de Robert Wilson consistent en une répétition rituelle des mêmes éléments: toile de soie blanche en fond de scène, imprégnée de lumières de couleurs différentes, scène épurée, personnages stylisés et mouvement chorégraphiés à l'extrême. Une mise en scène de Wilson n'est pas une lecture ou une interprétation, c'est un processus systémique, qui contamine l'úuvre, se l'approprie et la parasite.
Un résultat évident pour L'Or du Rhin: la musique est superbement mise en valeur. Les mouvements lents, la quasi-absence d'accessoires ou de scènes figuratives, permettent aux chanteurs d'affiner la phrase wagnérienne et d'en décoder le rythme. Devant le calme de la scène, la fosse s'accorde alors des moments sublimes de douceur et de rondeur. Chanter Wagner n'est plus un acte douloureux, c'est un voyage qui tient plus du lied que de l'épreuve sportive. Francisco Araiza, porté par la finesse de ses mouvements, dissèque littéralement le personnage de Loge. Plus le ténor rossinien, qui chante pour la première fois ce rôle, ritualise les gestes de la mise en scène, plus la lecture de la partition atteint la perfection. Jukka Rasilainen est un superbe Wotan, mais c'est dans les prises de rôle qu'il fallait pêcher les perles dimanche dernier. Rolf Haunstein (Alberich), Cornelia Kallisch (Fricka) ou Volker Vogel (Mime) donnent à ce début de Ring des allures de «nouvelle vague».
Avec Scourge of Hyacinths, opéra contemporain de Tania Leon, la recette Wilson avait ravi le public du Grand Théâtre lors de la saison 98-99. Pourquoi n'a-t-elle pas fait l'unanimité pour L'Or du Rhin à Zurich? Dimanche, Robert Wilson et Richard Wagner se sont croisés plus qu'ils ne se sont rencontrés. Les sophistications du metteur en scène se perdent parfois dans la densité et la subtilité de l'úuvre du compositeur. Ainsi, parfaites durant le trio de la troisième scène entre Alberich, Loge et Wotan, les compositions chorégraphiques de Robert Wilson s'essoufflent lors de l'ensemble final. Trop de personnages, et la scène se rigidifie. Autre grief: dans son extrême stylisation, Robert Wilson oublie l'humour wagnérien. Ce cynisme décontracté, merveilleusement mis en valeur à Genève par Patrice Caurier et Moshe Leiser. Le sujet Nibelungen résistera-t-il longtemps au virus Wilson? Prochain diagnostic en mai, pour la première de la Walkyrie.

L'Or du Rhin de Richard Wagner. Prochaines représentation, ve 13, je 19, sa 28 19 h 30, di 22 14h, di 29 20 h 30, Opernhaus, Zurich, rens. 01 268 66 66.


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