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NIKOLAUS HARNONCOURT

MOZART N'ÉTAIT PAS UN NOVATEUR

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Que la musique de Mozart est mystérieuse! Tous les motifs, toutes les tournures, les phrases - tout ce que l'on pourrait appeler le vocabulaire musical - , on a l'impression de les connaître. Tous les compositeurs de son époque ont parlé cette même «langue». Mozart n'était pas un novateur dans son art comme Wagner ou Monteverdi, il n'avait rien à réformer dans la musique; il trouvait dans le langage sonore de son temps toutes les possibilités de dire, d'exprimer ce qu'il voulait. Tout ce que l'on croit reconnaître comme typiquement «mozartien», on le retrouve dans les œuvres de ses contemporains. Le style de composition personnel de Mozart ne saurait se définir, il ne se détache pas du style de son époque - si ce n'est par une grandeur inconcevable. Sans rien inventer d'inouï, sans employer de technique musicale qui n'eût jamais existé, il savait, avec les mêmes moyens exactement que les autres compositeurs de son temps, donner à sa musique une profondeur à nulle autre pareille. Cela nous paraît mystérieux; on ne parvient à l'expliquer ni à le comprendre.
Mozart n'écrivait, comme tous les compositeurs du XVIIIe siècle, que pour ses contemporains, et qui plus est, parmi eux, que pour les «vrais connaisseurs»; il était parfaitement conscient de ce qui faisait de l'«effet», de ce qui lui permettait d'obtenir rapidement l'approbation d'un public peu cultivé, et il ne dédaignait nullement d'y recourir, tant que ce n'était pas aux dépens de ses propres intentions. Son véritable public était le cercle relativement étroit des connaisseurs qui avaient une certaine culture musicale. C'est à eux que s'adressait sa musique, et son désir était d'être compris par eux; il savait qu'il serait compris par ces gens, par ce public. Le sentiment désespéré de l'artiste incompris à son époque, qui écrit œuvre après œuvre, dans un monde qui ne le comprend pas - et dans l'espoir d'être compris par la postérité - n'a rien à voir avec Mozart et son art. Bien au contraire: sa musique ne pouvait sans doute être saisie dans toute sa richesse que par ses contemporains. C'est là qu'elle touchait, éveillait, troublait et transformait les sensibilités. Les générations suivantes ne pouvaient plus comprendre son art dans sa totalité, car à l'intense et complexe vocabulaire dramatique du langage sonore de Mozart ont succédé des tendances stylistiques entièrement neuves, qui s'adressaient directement au sentiment. Pour «comprendre» cette nouvelle musique du XIXe siècle, on n'avait pas besoin de formation musicale, en dehors d'une certaine musicalité générale.